Barbezieux et son collège dans le premier tiers du XXè siècle.

La municipalité a toujours considéré que le nombre de bourses attribuées par l'Etat pour le collège était une condition sine qua non de l'équilibre des comptes et de la prospérité de l'établissement.

Ainsi, lors de la réunion du 23 août 1904, le Conseil Municipal demande qu'il y ait le même nombre de bourses « qu'autrefois » ; déjà, le nombre de boursiers en 1903 avait été inférieur de moitié aux prévisions.

Le 21 août 1908, la diminution du nombre de boursiers d'Etat est notée : de 12 en 1901, il n'y en avait plus que 5 en 1907 : cela avait occasionné une perte de 4000 francs dans les revenus de l'établissement. Le conseil avait donc décidé d'attribuer un nombre de bourses équivalent à celui de 1901.

Le 16 juillet 1909, le conseil municipal émet un vœu relatif à l'augmentation du nombre de boursiers au collège.

Les demandes de bourses se raréfient pendant la guerre : les délibérations du conseil municipal ne font état que de la concession d'une demi-bourse au collège communal pendant l'année 1916. C'est ensuite en 1920, que l'attribution d'une bourse est à nouveau mentionnée.

Le maintien et le développement du collège de Barbezieux semblent avoir été un souci constant de la municipalité. Celle-ci , pour attirer les élèves,ne s'est pas inquiétée que du problème des bourses.

En effet, lors de la réunion du conseil municipal le 8 août 1912, il est demandé au maire si ce dernier se préoccupait du recrutement des élèves pour le collège. Le maire avait fait savoir qu'il a envoyé « des affiches dans toutes les communes non pourvues d'établissement similaire ». M. Clauzy suggère la création d'une nouvelle section pour attirer des candidats (une section d'école professionnelle), et empêcher l'établissement de péricliter. Sa proposition est jugée toutefois trop onéreuse pour les finances de la commune.

 

Nombre d'élèves scolarisés au collège de 1877 à 1920 : graphique.

Elèves scolarisés dans les différents établissements de l'enseignement public de Barbezieux : 1899-1920.

 

La municipalité défend également les postes engagés.

 

Ainsi, lors du départ à la retraite de l'instituteur détaché au collège de Barbezieux, l'Inspecteur d'Académie suggère que le poste soit supprimé. Sa lettre est portée à la connaissance du Conseil Municipal le 13 juin 1921. Tous les arguments tendant à montrer que des économies pourraient être réalisées sans « nuire à la bonne marche des services » sont réfutés. Le service de l'instituteur dans les différentes classes du collège sont détaillés, et l'argumentaire suit : « Considérant que les classes primaires sont à la base de l'enseignement du collège, et que, si l'enseignement qui y est fourni et la surveillance qui y est exercée ne sont pas jugées suffisantes pour les familles, les enfants seront détournés soit vers l'enseignement libre, soit en dehors de Barbezieux et que la source principale du recrutement du collège sera tarie....Considérant [qu'il est prévu d'annexer une école primaire supérieure au collège]....considérant qu'en ce qui concerne les finances de la ville l'économie serait insignifiante....Considérant qu'en ce qui concerne les finances de l'Etat, l'économie réalisée...serait en partie compensée sans doute par toutes les heures supplémentaires qu'il serait nécessaire d'ajouter.... », le conseil municipal, sans surprise, « exprime l'avis que le poste qu'occupait le regretté M. Fournier soit maintenu ».

Le 11 juillet 1924, arguant de la spécificité agricole barbezilienne, le conseil municipal demande le rétablissement du poste de professeur d'agriculture, qui existait avant-guerre, mais dont le titulaire était mort au combat.

Lors de la réunion du 29 septembre 1926, le Conseil Municipal accepte le principe de la coéducation.

Il s'agit, faisant suite à la lecture d'une circulaire ministérielle, d'admettre les jeunes filles « dans toutes les classes des collèges des garçons existant dans les villes de faible importance, où il n'existe pas de collège de jeunes filles, et où il n'apparaît pas possible de créer un établissement secondaire ». L'assemblée , considérant que « la coéducation existe depuis longtemps dans les pays anglo-saxons où elle a donné des résultats satisfaisants » , « demande que les jeunes filles soient autorisées à suivre les cours de toutes les classes du collège ».

La municipalité enfin, a dû faire preuve de pugnacité, pour obtenir de l'Etat, l'annexion, au collège, d'une école primaire supérieure.

 

L'annexion d'une EPS : l'intérêt pour le collège et la ville.

 

L'annexion d'une Ecole Primaire Supérieure de garçons au collège, c'est-à-dire d'une filière préparant des brevets à dimension professionnelle, paraît en effet cruciale pour l'avenir du collège.

C'est du moins la position du Bureau d'Administration du collège, avant de devenir celle de la municipalité. La présentation de ce projet au Conseil Municipal a lieu le 4 mars 1922. Les avantages d'une telle réalisation seraient nombreux :

-les locaux nécessaires existent déjà.

-les familles disposeraient, sur place, d'un choix élargi d'études pour les enfants.

-les effectifs du collège seraient considérablement augmentés, ainsi que les recettes de l'établissement.

 

Le face à face Ville/Etat

 

Le Conseil Municipal adresse donc une demande, dans ce sens, au Ministre de l'Instruction Publique. La réponse, arguant des difficultés financières et de la concurrence qui serait inévitablement exercée par les écoles de proximité (Angoulême, Pons, Cognac), est négative.

La question de l'annexion d'une EPS au collège communal n'est pas abandonnée pour autant. Le Conseil Municipal en rappelle l'importance lors de la réunion du 16 janvier 1926. Le 10 juin 1926, le problème « n'a pas encore reçu de solution » et « reste à l'étude au Ministère ».

Lors de la réunion du 18 avril 1929, les conseillers municipaux sont informés que  par une lettre du 3 avril 1929, M. Jean Hennessy1 annonce qu'il vient de faire une démarche auprès de son collègue de l'Instruction Publique.

Le Ministère donne finalement son accord, à condition que la dépense occasionnée (deux emplois créés) soit prise en charge par la ville. D'après le maire, cette dépense serait de 6000 fr pour le dernier terme de 1929. Le Conseil consent à la dépense si l'Etat se substitue à la ville à compter du 1er janvier 1930.

Une lettre de l'Inspecteur d'Académie, portée à l'attention du Conseil le 19 juillet 1929, douche cependant l'enthousiasme. En effet, l'Inspecteur, qui représente l'Etat, pointe l'engagement trop limité de la commune : si le Parlement ne votait pas les crédits nécessaires, il faudrait fermer l'EPS trois mois après son ouverture.

 

L'engagement de la municipalité

 

Sur les conseils de la Commission des finances, le Conseil Municipal, vote à l'unanimité la somme requise (18000 fr en plus des 6000 déjà inscrits au budget) et « émet le vœu que l'autorité académique affecte des boursiers à cette école dès la rentrée », de façon à parer au défaut de recrutement qui « pourrait être causé par le retard apporté à la décision portant création et ouverture de cette école au 1er octobre 1929 ».

Le collège, du fait aussi de la coéducation, est alors assuré de la pérennité de son recrutement.

L'installation du téléphone, d'une fosse septique (1927) , puis la construction de bains-douches prévue dans le budget de 1931, illustrent « l'attention constante »2 dont le collège a été l'objet, de la part de la municipalité, jusqu'à l'entre-deux-guerres.

 

 

1Député de la Charente, J. Hennessy est alors Ministre de l'agriculture

2« Le collège et les écoles ont été l'objet de l'attention constante du Conseil Municipal », exposé du compte administratif de 1932, lors de la réunion du 8 juillet 1933.